Le séchage des plantes est une des manières les plus simples et les plus économiques de conserver ses cueillettes, que ce soit pour la cuisine, les infusions, décoctions ou parfois des préparations plus élaborées. Par exemple l’hydrolat de sauge officinale se fait à partir de feuilles sèches.
On peut sécher les sommités fleuries, les racines, les feuilles…. La durée de conservation, dans de bonnes conditions est d’un à deux ans.

Pour savoir si les plantes ont été correctement séchées ou si la conservation est encore bonne on fait appel, comme pour la cueillette, à ses sens, l’odeur, la vue, le goût.
Il faut vérifier que la couleur d’origine soit au maximum conservée. Si la plante devient terne ou noire c’est un signe d’oxydation. L’odeur et le goût ne doivent pas être trop atténués.
Si la couleur de la plante s’est modifiée ou si elle a perdu son goût ou son odeur, alors la plante a perdu ses molécules actives et donc ses propriétés médicinales.

Ces critères sont aussi valables pour les plantes achetées en commerce!!!

La cueillette

On rappelle d’abord ici quelques règles essentielles de la cueillette

- On ne récolte que les plantes parfaitement identifiées. 
- On fait attention à la qualité du site de récolte
- Une plante se respecte, on ne ramasse que ce dont on a besoin (pas plus de 10% du site de récolte).
- On ne cueille pas les plantes protégées.
- On cueille la plante à la meilleure période, c’est à dire celle où les principes actifs sont au maximum de concentration.

En conditions climatiques « normales », le moment optimal pour la cueillette est le milieu de matinée, après la rosée du matin (cueillir avec le moins d’eau possible) et avant le soleil de midi. On laisse se composter sur place les parties abimées. Pour les sommités fleuries, en fonction du mode de séchage on prendra ou non les tiges (séchage en bouquets suspendus).

Comment savoir quelles parties de la plante cueillir?
Vous trouverez souvent dans les fiches plantes, ou les ouvrages de phytothérapie des indications sur les parties de plantes à utiliser pour telle ou telle préparation. Pour ne pas se tromper, voici un petit précis du vocabulaire employé en herboristerie

  • Feuilles mondées : on utilise les feuilles sans leur pétiole.
  •  Fleurs mondées : seules les corolles sont utilisées ou les fleurs séparées du reste de l’inflorescence.
  •  Sommités fleuries : partie de la plante qui comprend la fleur ou l’inflorescence et est accompagnée de quelques centimètres de tige avec quelques feuilles.
  •  Parties souterraines : racine, rhizome, tubercule, oignon ; elle peut être précisée, mais pas toujours
  •  Partie aérienne feuillée : on récolte la partie aérienne de la plante sans les fleurs
  •  Partie aérienne fleurie : on récolte la partie aérienne de la plante avec les fleurs
  •  Plante entière : généralement ce sont les parties aériennes de la plante mais cette appellation est peu précise.
  •  Semences: utilisé par l’usage à la place du mot «fruits» surtout pour les Apiacées.

Et pour démarrer et planifier vos cueillettes, voici un bref calendrier de récolte des principales plantes usuelles de nos régions en phytothérapie.
Source: Ecole Lyonnaise des Plantes médicinales

Et si vous souhaitez rester dans l’esprit chamanique de l’usage des plantes, quelques indications complémentaires.


Au retour de la cueillette

Une fois la cueillette effectuée, et avant les opérations de séchage, il s’agit de préparer vos plantes.

Pour les feuilles, les tiges et les sommités fleuries

Traditionnellement on ne nettoie pas les plantes avant de les sécher

Par contre il est conseillé de les laisser environ une heure à l’air libre, en extérieur à l’ombre pour permettre aux petites bêtes diverses d’aller voir ailleurs…

Pour les racines
On fait tremper les racines environ 10mn dans de l’eau pour enlever un maximum de terre, puis on les brosse avec une brosse à légumes ou une brosse à dent pour les petits recoins. On coupe ensuite les racines en petits tronçons d’environ 1 cm, ce qui permettra:
– d’accélérer le séchage en augmentant la surface de contact avec l’air
– de favoriser la fabrication du remède en augmentant la surface de plante avec le liquide de préparation (eau, alcool, huile..)

Attention: on n’épluche pas les racines,
il y a beaucoup de constituants actifs dans leur écorce.

Les Règles élémentaires du séchage

  • Pas de séchage au soleil
  • Une atmosphère sèche
  • Une aération ou une ventilation
  • La température de séchage varie en fonction de la partie de la plante à sécher, généralement au-dessus de 20°
    – Pour les fleurs température idéale entre 20 et 30°. pas au-delà pour ne perdre les molécules les plus volatiles comme les essences
    – Pour les feuilles, température idéale 40° , pas au-delà de 50°
    – Pour les racines on peut passer par un pré séchage au four ou au déshydrateur autour de 60° pendant 1h puis autour de 40°, minimum 20°

Les différentes techniques

Suivant la place dont vous disposez, la quantité à sécher, le type de plante ou le climat… vous pouvez varier les techniques de séchage.

En bouquet:

Il s’agit de suspendre les plantes en petits bouquets, attachés par une ficelle, ou de les disposer sur un fil ou un porte manteau par les ramifications.
Attention, pour cette technique pensez à garder les tiges lors de la cueillette.

Suspendre les bouquets à l’abri de la lumière directe du soleil (loin d’une fenêtre par exemple). Essayez de laisser de l’espace au centre du bouquet pour permettre une aération sur toutes les tiges.

En panier

Si on possède un ou plusieurs paniers tressés qui permettront une bonne respiration des plantes, on peut y disposer les plantes en une seule couche pas trop dense. Pensez à les retourner tous les jours pendant les premiers jours de séchage
Ne pas utiliser de panier plastique, risque de fermentation ou de fer, risque d’oxydation.

En cagette ou claies

Cette méthode permet de faire sécher de grandes quantité de plantes dans des petits espaces, en empilant les cagettes ou les clayes les unes sur les autres.

Mettre du papier kraft ou un tissu (léger) au fond des cagette lorsque vous faites sécher des petites feuilles ou fleurs. Eviter le papier journal moins neutre.
En attendant de prendre le temps de me fabriquer un séchoir à claies, ma technique de séchage préférée se fait en cagette ou sur des petites dessertes à légumes, en mettant un torchon sur chaque plateau

Ci-dessous un bref tuto pdf pour fabriquer un séchoir à claies

Séchoir solaire

Je n’ai jamais ni fabriqué, ni essayé de séchoir solaire pour plantes, mais c’est aussi dans mes projet, plus lointains… Il y a de nombreux plans sur le web, de finitions plus ou moins … finies. Dans la gamme « bricolage de pros » un de mes préférés, est celui-ci :
fabriquer son séchoir, version démontable avec panneau solaire, le top du top!!!!
Sans doute assez difficile à réaliser, c’est pourquoi pour les bricoleurs moins « avertis » vous trouverez aussi en fin d’article des liens vers des modèles plus « simples ».

Pour vous faire une idée de la qualité de cette réalisation, une petite video du montage

Et un extrait des shémas et plans de fabrication que vous retrouverez sur son site

Séchage au déshydrateur électrique

Un peu plus énergivore, même si la plupart des plantes sèche assez vite, le déshydrateur électrique reste surtout intéressant pour les racines qui contiennent plus d’eau et demandent des conditions de séchage plus difficiles. Compte tenu de la température ambiante de ma cuisine et du taux d’humidité de la région, je n’ai jamais réussi à faire sécher de racines sans qu’elles soient passées au moins durant deux ou trois heures au déshydrateur.
L’avantage du déshydrateur est aussi d’offrir une température constante de séchage et une bonne ventilation, ce qui favorise une meilleure conservation des principes actifs des plantes.
Pour les fruits, sauf à posséder un séchoir solaire, il est indispensable dans notre région.

Vous pouvez aussi utiliser votre four si et seulement si:

  • Les températures minimum démarrent à 30°
  • Il a une fonction ventilation efficace

Rappel des températures de séchage à respecter
Source: Le chemin de la nature

Partie des plantesTempérature de séchage
Fleurs20 à 30°
Feuilles40 à 50°
Fruits et racinesPré-séchage 1 à 2h de 60 à 70°
Séchage : 20 à 40°

Le Stockage

Les plantes sèches peuvent être conservées entières ou hachées, à l’aide d’un moulin en métal non oxydant, pour les plus grandes. Dans tous les cas, elles doivent être stockées immédiatement à l’abri de la lumière, de l’humidité, d’une chaleur excessive ou de tout autre élément qui altérerait sa qualité.

Quelque soit le contenant, pensez à indiquer dessus:

  • le nom de la plante, courant ET scientifique
  • La date de la récolte
  • Le lieu de récolte

Les bocaux

On utilise si possible des bocaux en verre teinté ou on place les bocaux dans un placard!
Attention si vous n’êtes pas sûr que vos plantes soient entièrement sèches ne les mettez pas en bocal hermétique.

Les sachets

En papier ou en tissu, ils s’utilisent pour de petites quantités, ou dans les cas où les plantes ne sont pas totalement sèches. Elles peuvent ainsi continuer à sécher, enfin si le lieu de stockage n’est pas trop humide. Il faut quand même bien refermer ces sachets.

La durée de conservation

La durée de conservation des plantes séchées est de 1 à 2 ans. Pour rappel les trois critères qui permettent de savoir si la plante a bien conservé ses propriétés.

  • La couleur: est-elle restée intacte depuis la mise en bocal?
  • l’odeur: est-elle toujours bien présente?
  • le goût: s’est-il altéré?

L’utilisation des plantes sèches

Les plantes sèches s’utilisent telles quelles, ou réhydratées, pour la fabrication de potions ou en cuisine.

Quelques exemples d’utilisation

Dans les formes sèches

  • on peut en faire des poudres à mélanger à de la farine pour les pâtes à tartes, les gâteaux, pâte à galettes
  • en poudre aussi, stockée en petits contenants pour saupoudrer vos plats
  • faire des sels aromatisés aux herbes
  • pour des huiles aromatisées (mixer la plante sèche avec l’huile, puis filtrer)
  • quelques hydrolats se font à partir des plantes sèches
  • pour des préparations de teintures alcooliques
  • et bien entendus infusions ….

En forme réhydratée: principalement en cuisine, pour réaliser des soupes, des poêlées comme avec des plantes fraîches.

Pour aller plus loin en video

Un petit résumé

Une petite video/résumé par Christophe de Houdy fondateur du Chemin de la nature, organisme qui propose des sorties découvertes en Région parisienne et surtout d’excellentes formations en ligne.
Plusieurs articles de ce site utilisent des parties de ces formations comme sources.
Toutes leurs formations

Rêver grand!

Un exemple de bâtiment en bois séchoir passif

Le séchoir à plantes de Christian Escriva à Breil sur Roya (hameau de Libre) documentaire diffusé dans Midi Méditerranée « les Alpes d’Azur » le 27 octobre 1998 Très intéressant non seulement pour le séchoir lui-même mais aussi pour pas mal de détails sur la cueillette, l’herboristerie et autres infos….

Fabrication « débrouille » d’un séchoir solaire

Où comment fabriquer son séchoir solaire en temps de confinement, avec les matériaux trouvés dans son garage, son terrain… Une petite video très inspirante par Damien Dekarz, permaculteur partageant volontiers ses (nombreux) savoirs et (riches) expériences sur sa chaine Youtube ou sur son blog Permaculture, agroécologie etc…